Une chamane à Hogwarts : Chapitre 1
Naya Biri (univers guerrier dans la langue indigène locale), préparait son sac magique en vue de son prochain voyage vers l’Ecosse. Quitter la moiteur de la foret amazonienne ne lui disait rien de bon. Elle en voulait toujours un peu au conseil de Haute Magie de l’avoir désignée pour reprendre le poste de défense contre les forces du mal à Hogwarts, malgré la réputation excellente de cette école. Elle n’avait aucune envie de quitter ses élèves qu’elle adorait et qui s’étaient d’ailleurs rebellés à l’annonce de son départ. En vain. La Madre avait parlé. La plante maîtresse Ayahuasca, reine dans le bassin amazonien était venue s’adresser au grand maître, Mandoni lors d’une cérémonie chamanique, et la vision de son ancienne élève adorée, Naya, lui était apparue clairement. Elle devait partir, remplir sa mission outre mer, et elle n’avait surtout pas le droit de refuser si elle ne voulait pas s’attirer les foudres des esprits.
Professeur de défense contre les forces du mal.. Ces mêmes forces qu’elle affrontait depuis le début de son enseignement en encore plus depuis sa consécration en tant que Muraya, Maître chaman. Elle était devenue en quelques années la guerrière de l’astral la plus puissante dans sa tradition et travaillait sur tout le continent américain. Ses outils, les plantes sacrées ainsi que sa parfaite maîtrise des technologies de la Haute Magie lui permettaient de terrasser les démons les plus véreux, ce qu’elle aimait par-dessus tout.
Les indiens s’étaient d’abord étonnés de voir avec quelle facilité cette jeune sorcière française se promenait dans les différents univers cosmiques et oniriques, pour soigner les malades bien sur, mais aussi pour se battre avec tant d’amour contre les pires ténèbres. Puis, l’explication était venue avec la Madre qui avait dit que Naya était une âme amérindienne très ancienne, venue s’incarner une dernière fois sur Gaia, la Terre, pour faire partie de ceux qui éradiqueraient définitivement le mal de sa surface. Sacrée pression pour une femme de 30 ans, qui s’était surprise plusieurs fois à rêver en secret qu’elle était une moldue bien ordinaire, avec un métier normal.
Désormais, elle avait accepté sa mission, même si elle n’aimait pas trop qu’on en parle. Humilité oblige. Pour devenir Muraya, lors de l’examen final, une seule once d’égo pouvait faire mourir le candidat. Durant cette transe mystique, il devait affronter ses peurs les plus profondes dans la foi et le lâcher-prise total. S’il essayait de contrôler ce qui se passait, ses propres ténèbres intérieures l’emportaient et c’était alors la fin… Elle avait, comme d’autres avant elle bien sur, réussi, et pouvait à son tour enseigner et travailler avec ses frères et sœurs chamans, pour sa cause, celle de la Lumière. Elle avait même inventé de nouvelles techniques et avait réussi à ouvrir des portes vers des univers très élevés, ce qui avait permis à des entités extrêmement puissantes et extra-terrestres de se connecter à la dimension magique humaine. Pour cela, d’ailleurs, le conseil de Haute Magie l’avait décorée et elle s’en fichait complètement, puisque d’après elle, elle n’avait fait que son devoir.
C’est à ce moment là que le directeur de Hogwarts et le ministère de la magie s’étaient intéressé de très près à la magie sud-américaine et avaient d’un commun accord demandé à Mandoni s’il pouvait lui envoyer un chaman pour enseigner au sein de son école. Mandoni avait accepté et interrogé la Madre..
Le petit sac de Naya était prêt. Malgré sa taille minuscule, il contenait tout ce dont elle avait besoin pour passer une année au château : Toutes les graines et racines nécessaires qui allaient lui permettre de constituer son jardin et préparer les remèdes et potions dont elle avait besoin pour son travail, des vêtements de ville ainsi que ses habits de cérémonies, ses livres de magie dont ce livre merveilleux sur les runes anciennes que lui avait offert Dwrdan (le druide suédois avec qui elle avait eu une brève aventure quelques années auparavant) et qui lui était fort utile car la puissance des runes était inimaginable et inévitable pour se protéger en toutes circonstances, sa baguette magique dont elle ne se servait plus depuis longtemps et ses cristaux acquis dans le monde entier durant ses multiples voyages dont le petit quartz rose, qui, une fois enterré dans le sol, allait devenir sa maison durant tout le temps passé à Hogwarts. Au moment où elle tira sur la petite cordelette pour fermer le sac, la porte de sa maison constituée de cristaux s’ouvrit et Mandoni entra. Naya lui offrit un magnifique sourire qu’il lui rendit. Il n’avait jamais été insensible au charme de la jeune chamane mais, en tant que maître, il ne s’était jamais permis de lui faire des avances. Il était beaucoup plus âgé qu’elle et lui souhaitait du fond du cœur de rencontrer un homme de son age, car il la savait bien seule, même si elle ne s’en plaignait jamais. Les longs cheveux noirs de la jeune femme et sa frange toujours un peu trop longue qui tombait sur ses grands yeux verts, son nez fin et légèrement busqué, sa bouche qui devenait immense lorsqu’elle souriait et sa peau cuivrée par le soleil lui donnait l’allure d’un oiseau. Et pourtant, son animal, en tant qu’animagus, était la louve blanche…
Mandoni, le grand sage indien s’approcha d’elle et prit ses mains dans les siennes. Ils ne se parlaient pas. Leur communication était toujours télépathique, technique développée grâce à l’Ayahuasca, connue aussi sous le nom plus commun de télépathine. La maîtrise des pensées, les lire, les modifier, les bloquer.. ou les influencer… étaient très utile face aux forces des ténèbres. Naya le savait plus que quiconque. Mandoni pensa le premier :
« Ma fille adorée, te voilà partie vers d’autres horizons. Envoie-moi souvent de tes nouvelles et soit toujours alerte. »
Naya enchaîna :
« Mon cher Maître, il y a quelque chose que tu ne m’as pas dit. Pourquoi moi ? Et pourquoi cette année ? Cela a-t-il quelque chose à voir avec ce jeune sorcier Harry Potter ? Je l’ai vu deux fois dans mes visions.. Un danger le menace t-il ? M ‘envoie-tu pour le protéger ? »
Le regard de Mandoni se fit plus intense.
« Je crois malheureusement que tu ne pourras pas faire grand-chose.. Il est dit dans nos prophéties que le seigneur des ténèbres va revenir, et rien ni personne n’empêchera cela. Ta mission est d’instruire les jeunes sorcières et sorciers de façon à ce que leurs cœurs s’ouvrent de plus en plus, qu’ils s’unissent entre eux pour mieux pouvoir le combattre. Montre leur la voie, c’est tout ce qui compte. Prépare la future armée qui devra l’affronter. Je compte sur toi. Et Albus aussi. Le jeune Harry Potter est, nous croyons, celui qui le vaincra. Mais les temps seront durs avant que cette heure n’arrive et ni le doute, ni la peur, ne doivent jamais prendre le dessus chez lui. Guide le le mieux possible vers la Foi et la lumière. Tu auras des alliés à Hogwarts, ne t’inquiète pas. »
L’inquiétude n’était pas une chose qui traversait souvent Naya, mais la tristesse gagna légèrement son cœur à l’entendement des pensées de son Maître. Elle n’avait jamais aimé la fatalité, même si elle savait qu’elle existait. Elle se disait que ça n’allait pas être une chose facile d’apporter sa magie dans cette vieille école, à la tradition sclérosée. Que la Haute Magie sud-américaine, mélange de très ancienne magie et de technologies nouvelles n’allait pas être bien vue aux yeux des traditionalistes, les élèves, aussi bien que les professeurs. En regardant Mandoni qui lui souriait, elle comprit qu’il sentait que finalement, elle s’inquiétait un peu..
« Vas maintenant » pensa t-il.. Et il lui baisa les mains.
Naya se courba devant lui. Quand elle se releva, il avait disparu.
Pensive, elle sortit de sa maison, leva la tête, respira une grande bouffée d’air et entonna un chant aérien et cristallin qui fit venir en quelques minutes un petit oiseau multicolore qui se posa devant elle en piaillant exagérément.
« Oh tais toi Mimiro, lui lança Naya, je sais que tu n’as pas envie de partir, mais c’est comme ça.. Tu seras avec moi, c’est déjà bien non ? »
« Piuuuu !! lui répondit l’oiseau. »
« Parfait... »
Naya pointa son doigt vers Mimiro et dit d’une voix douce:
« Kayaaaa… Te »
Instantanément, le petit oiseau se mit à grandir pour atteindre la taille d’un cheval. Sa grosse tête tournée vers Naya, il semblait lui sourire. La chamane l’enfourcha d’un bond gracieux, alors que déjà, il déployait ses ailes et prenait son élan. Il s’envola avec légèreté et Naya jeta un regard nostalgique derrière elle sur la foret et ses habitants qui lui manquaient déjà.